La suite Affinity, développée par Serif Ltd. à Nottingham, est devenue depuis 2014 le seul concurrent crédible à Adobe Creative Cloud pour la suite graphique professionnelle. Le rachat par Canva en 2024 a fait craindre à beaucoup d'utilisateurs un passage à l'abonnement ; Canva a, à ce jour, maintenu le modèle d'achat unique. Trois logiciels — Affinity Photo (concurrent de Photoshop), Affinity Designer (concurrent d'Illustrator), Affinity Publisher (concurrent d'InDesign) — couvrent l'essentiel des usages graphiques professionnels à un tarif total de 169,99 € en achat unique.
Ce qu'il faut savoir
La suite Affinity v2 (versions 2.5 au moment de la révision) est mature professionnellement. La gestion du stylet sur tablette Wacom est très bonne, sur Huion et XP-Pen bonne avec quelques pièges documentés. Existe sur Mac, Windows et iPad.
Économies par rapport à Adobe : sur cinq ans, environ 1 300 € pour la suite complète Affinity vs Photoshop CC + Illustrator CC + InDesign CC. C'est l'argument décisif pour les indépendants et les petits studios.
Pourquoi Affinity en 2026
Trois arguments. D'abord le coût — 70 € pour Photo, 70 € pour Designer, 70 € pour Publisher en achat unique, ou 169,99 € pour la suite complète sur Mac/Windows. Sur cinq ans, l'écart cumulé avec Adobe Creative Cloud (≈ 1 500 €) est sensible. Pour un indépendant ou une petite agence, c'est défendable financièrement.
Ensuite la cohérence d'interface. Les trois logiciels Affinity partagent une logique d'interface, un système de raccourcis, et — depuis la version 2 — un format de fichier commun (.afpub) qui peut contenir des éléments de Designer et de Photo dans un même document Publisher. Pour un workflow d'illustration à mise en page (livre illustré, magazine, brochure), c'est un avantage réel.
Enfin la propriété. Les fichiers .afphoto, .afdesign, .afpub sont stockés localement, sans dépendre du Cloud d'un éditeur. Pour qui a vu disparaître ses fichiers Adobe Creative Cloud à l'occasion d'un changement de carte bancaire et d'un compte fermé, c'est un argument structurel.
Sur cinq ans, l'écart cumulé avec Adobe Creative Cloud est de l'ordre de 1 300 €. Pour un indépendant, c'est défendable.
Affinity Photo
Affinity Photo couvre l'essentiel des fonctions Photoshop : calques, masques, calques d'ajustement, smart objects (équivalent Live Filters), pinceaux pression-sensibles, gestion RAW. La gestion du stylet est très bonne — la pression du Pro Pen 2, du Slim Pen, du X3 Pro est lue avec finesse, l'inclinaison aussi. Pour la retouche photo et la peinture numérique, c'est un outil sérieux.
Manque par rapport à Photoshop : la bibliothèque de pinceaux est plus restreinte (pas d'équivalent Kyle T. Webster), les filtres dynamiques sont moins nombreux, certaines fonctions IA récentes de Photoshop (Generative Fill, Neural Filters) n'existent pas. Pour la majorité des usages d'illustration et de retouche photo, ces manques ne pèsent pas.
Compatibilité PSD : Affinity Photo ouvre les fichiers PSD avec une fidélité de 90-95 %. Quelques effets de calques avancés et certains smart filters Photoshop ne sont pas restitués parfaitement. Pour des échanges avec un client Photoshop, vérifier au cas par cas.
Affinity Designer
Affinity Designer est, à mon avis, la meilleure alternative à Illustrator pour le travail vectoriel quotidien. L'interface est plus intuitive, la performance sur fichiers complexes est très bonne, et la combinaison Designer + Photo dans un même fichier (le mode Pixel Persona permet de basculer entre vectoriel et bitmap dans un seul document) est unique.
Pour l'illustration vectorielle au stylet — typiquement les illustrations éditoriales ou les logos —, Designer fonctionne très bien. La gestion de la pression sur les outils Pinceau et Plume vectorielle est exploitée. Pour le travail vectoriel pur (logos, picto, maquettes), c'est l'outil que je recommande à 80 % des indépendants en 2026.
Manque par rapport à Illustrator : certaines fonctions de typographie avancée, l'intégration native avec After Effects, et — c'est important pour certains profils — la compatibilité parfaite des fichiers .ai dans les chaînes de production professionnelles.
Affinity Publisher
Le moins connu des trois et probablement le plus surprenant. Affinity Publisher est, pour la mise en page de livres illustrés, de magazines indépendants, et de fanzines, un outil sérieux. La fonction StudioLink permet d'éditer des images dans Affinity Photo et des vecteurs dans Affinity Designer sans quitter le document Publisher. Pour les illustrateurs qui font aussi de la mise en page (livres jeunesse, fanzines, autoédition), c'est une combinaison qui fonctionne très bien.
Manque par rapport à InDesign : la gestion des longs documents avec table des matières automatique reste plus rudimentaire, et les flux de chaîne d'édition (avec collaborateurs multiples, échanges agence-client structurés) sont moins matures.
Compatibilité tablette
Wacom
Excellente sur Mac et Windows. Pression et inclinaison du Pro Pen 2/3 lues avec finesse. Les ExpressKeys sont configurables par application via le panneau Wacom Tablet Properties — Affinity Photo, Designer et Publisher apparaissent dans les profils par défaut.
Huion
Bonne sur Mac et Windows. Avec les pilotes 16.0 ou supérieurs, la pression et l'inclinaison du Slim Pen sont correctement exploitées. Sur Linux, fonctionnalité avec digimend correcte mais Affinity n'existe pas sur Linux à ce jour.
XP-Pen
Bonne sur Mac et Windows avec pilotes 4.0 ou supérieurs.
iPad
Excellente. Affinity Photo et Designer existent sur iPad, à parité fonctionnelle sensiblement meilleure que celle de Photoshop iPad. La gestion de l'Apple Pencil Pro est exemplaire — le barrel roll, la poignée tactile, le retour haptique sont tous exploités. Pour qui travaille principalement sur iPad et qui veut sortir de l'écosystème Adobe, Affinity sur iPad est l'option recommandée.
Configuration recommandée
Pression du pinceau
Dans Affinity Photo, sous Préférences → Outils, vérifier que Stabiliser le tracé est à 5-15 % pour l'encrage, 0 pour la peinture rapide. La stabilisation Affinity est plus discrète que celle de Clip Studio mais reste utile.
Gestion colorimétrique
Affinity supporte ICC pleinement. Charger le profil de l'écran calibré dans Préférences → Couleur → Profil RVB par défaut. Voir Calibrer son écran pour l'illustration numérique.
Mémoire et performances
Allouer 70 % de la RAM disponible à Affinity dans Préférences → Performances. Sur fichiers lourds, performances comparables à Photoshop sur le même matériel.
Les pièges
Trois choses à savoir. Premièrement, l'onglet de stylet Affinity est moins riche que celui de Photoshop — pas de panneau dédié à la sensibilité, pas de courbe de pression personnalisable au niveau du logiciel. La courbe est entièrement gérée par le pilote constructeur (Wacom Tablet Properties, panneau Huion, etc.). Cela simplifie la configuration mais empêche les ajustements fins par logiciel.
Deuxièmement, la gestion des plug-ins est plus restreinte que sur Photoshop. Les plug-ins Photoshop classiques (Topaz, NIK, etc.) ne sont pas tous compatibles. Pour les retoucheurs photo qui dépendent de plug-ins spécifiques, cela peut être un frein.
Troisièmement, depuis le rachat par Canva en 2024, l'avenir long terme du modèle d'achat unique reste incertain. Canva a confirmé maintenir le modèle pour Affinity v2 ; rien n'est garanti pour Affinity v3 quand elle sortira. C'est un risque réel à intégrer dans l'arbitrage.
Pour qui
Affinity est l'outil pour qui veut sortir de l'abonnement Adobe sans perdre la qualité professionnelle. Pour les indépendants, les petits studios, les écoles d'art (qui peuvent acheter en licence éducation à tarif réduit), c'est, en 2026, l'arbitrage rationnel. Pour qui dépend de fonctions Adobe spécifiques (After Effects, Premiere, plug-ins photo très spécifiques), Adobe reste nécessaire.
Dernière révision : février 2026, après publication d'Affinity v2.5. Prochaine révision prévue : janvier 2027.