La Samsung Galaxy Tab S9 Ultra est, depuis sa sortie en 2023, la seule tablette Android qui mérite la conversation pour un usage professionnel d'illustration. Toutes les autres tablettes Android — Lenovo, Huawei, Xiaomi, OnePlus — sont des compromis trop sévères pour le métier. La Tab S9 Ultra propose un grand format (14,6 pouces), un S Pen de qualité Wacom EMR (la technologie Wacom est licenciée à Samsung), une dalle Super AMOLED, et le poids de l'écosystème Samsung qui assure une certaine longévité du produit. C'est, sur le papier, le concurrent légitime de l'iPad Pro 13″.
Ce qu'il faut savoir
Dalle Super AMOLED 14,6″, 2 960 × 1 848, 120 Hz, gamut DCI-P3 à 99 %. S Pen inclus (technologie Wacom EMR licenciée), à 4 096 niveaux de pression. Le format 14,6″ est le plus grand qu'Android propose en 2026.
L'écosystème logiciel reste le frein. Clip Studio Paint sur Android n'a pas atteint la parité avec la version desktop ou iPad. Procreate n'existe pas. Photoshop sur Android est pâle. Les meilleures applications Android (Infinite Painter, Concepts) sont sérieuses mais minoritaires. Pour qui peut s'en accommoder, la Tab S9 Ultra est convaincante. Pour qui ne peut pas, elle reste périphérique.
L'objet
La Tab S9 Ultra est, par sa forme, plus proche d'une feuille A4 que d'une tablette. 326 × 208 mm de surface visible, 5,5 mm d'épaisseur, 730 g. Le boîtier en aluminium anodisé est de qualité Samsung haut de gamme. Le S Pen se loge dans une encoche magnétique sur le dos, où il se charge et où il reste sécurisé.
Le grand format 14,6″ est l'argument visuel le plus immédiat. À distance d'œil normale (60 cm), il offre une surface utile sensiblement plus grande qu'un iPad Pro 13″. Pour de la BD ou de l'illustration en format A4, c'est un vrai plus. La densité de pixels est plus faible (240 ppi contre 264 sur iPad Pro), mais cela reste largement suffisant.
La dalle Super AMOLED
La dalle Super AMOLED de la Tab S9 Ultra est, à mon avis, le meilleur écran que Samsung ait mis dans une tablette. Gamut DCI-P3 à 99 %, calibration usine sérieuse (Delta E moyen mesuré à la sonde : 1,5), luminosité maximale 540 cd/m² en SDR, contraste théorique infini grâce à l'AMOLED. La fluidité 120 Hz adaptative est appréciable.
L'AMOLED Samsung est légèrement différent de l'OLED Tandem d'Apple : couleurs plus saturées par défaut (mode Vivid, désactivable), un léger virage chaud sur les blancs purs en mode standard. Pour de la retouche photo professionnelle, on recalibre. Pour de l'illustration, le rendu d'origine est très flatteur.
Le verre est lisse, comme sur l'iPad. La pose d'un Paperlike (ou équivalent) est presque indispensable pour qui dessine sérieusement.
Le S Pen
C'est ici que la Tab S9 Ultra a son meilleur argument. Le S Pen utilise la technologie Wacom EMR — sans batterie, sans pile, à résonance électromagnétique. C'est exactement la même technologie de fond que le Pro Pen 2 de Wacom, à une nuance près : Samsung ne propose pas la même finesse de courbe de pression que Wacom propriétaire. Le S Pen est annoncé à 4 096 niveaux ; en pratique, la courbe est moins continue que celle d'un Pro Pen 2, avec un seuil léger au démarrage.
L'inclinaison est lue jusqu'à 60° avec une précision honorable. La parallaxe (1,2 mm mesurée) est correcte, pas exceptionnelle. Le poids du stylet (8 g) est plus léger que les Pro Pen Wacom (12-17 g), ce qui plaît à certains et déstabilise d'autres.
Le S Pen est livré avec la tablette, sans surcoût. C'est une économie réelle face à l'iPad Pro qui demande 149 € supplémentaires pour le Pencil Pro.
L'écosystème logiciel — le verrou
C'est le critère qui décide presque tout, et c'est là que la Tab S9 Ultra reste contrainte. Faisons le tour des options.
Clip Studio Paint sur Android existe depuis 2022 mais n'a pas atteint la parité fonctionnelle avec les versions desktop et iPad. La version Android 2.x manque encore certaines fonctions d'animation, certaines optimisations de performance, et — c'est important — la latence du tracé est sensiblement plus élevée que sur iPad (mesurée à 22 ms contre 11 ms sur iPad Pro avec Pencil Pro). Sur Tab S9 Ultra, c'est imperceptible la plupart du temps mais visible sur les pinceaux à grain rapide.
Procreate n'existe pas sur Android et n'existera probablement jamais — Savage Interactive a déclaré à plusieurs reprises ne pas avoir de plan dans cette direction. C'est un manque structurel pour qui voudrait remplacer un iPad par une Tab.
Photoshop sur Android existe mais reste très en retrait par rapport à la version iPad, qui est elle-même en retrait par rapport à la desktop. Pour de l'usage pro, c'est insuffisant.
Krita existe sur Android (Krita Mobile) et fonctionne correctement sur la Tab S9 Ultra. C'est probablement la meilleure expérience native dessin sur ce matériel. La latence est correcte, la gestion du S Pen exploitée, et le moteur Krita est suffisamment profond pour un usage sérieux.
Infinite Painter est l'application Android originale qui a le meilleur moteur de pinceau. Très bonne, peu connue en France, mérite l'essai pour qui s'engage dans l'écosystème Android.
Concepts (sketching vectoriel) est excellente sur Android.
Sketchbook (Autodesk) est correct, gratuit, et reste un standard pour le sketching rapide.
Adobe Fresco existe sur Android, fonctionne bien, et c'est probablement la meilleure option pour qui veut une expérience proche de Photoshop dans le cadre Android.
La latence et la précision
Latence pointe-à-pixel mesurée : 16 à 18 ms selon l'application. Plus lent que l'iPad Pro (9-14 ms), comparable aux tablettes à écran haut de gamme (Cintiq, Kamvas Pro 24).
Précision géométrique : 0,4 mm d'erreur moyenne, 0,7 mm sur les bords. C'est moins bon que les références Wacom et Apple, et c'est l'un des points où le S Pen montre sa limite.
L'autonomie
6 à 8 heures de dessin actif sur Krita Mobile en luminosité moyenne. C'est moins que l'iPad Pro M4 (8-10 heures), mais c'est très acceptable pour un usage nomade. Le chargement par USB-C est rapide (la prise se branche en haut, ce qui peut gêner en mode portrait).
L'ergonomie
Le format 14,6″ est, pour le dessin nomade, particulièrement convaincant. Plus grand que l'iPad Pro 13″ (32,6 × 20,8 cm contre 28,1 × 21,4 cm), il offre une surface utile qui se rapproche d'un format A4 réel. C'est un argument que je n'ai retrouvé sur aucune autre tablette.
Le poids (730 g) est sensiblement plus élevé que l'iPad Pro 13″ (579 g). Sur les genoux, dans un train, on le sent au bout d'une heure.
Pour qui
La Galaxy Tab S9 Ultra est convaincante pour un profil précis : l'illustrateur Android-friendly qui utilise principalement Krita, Infinite Painter ou Adobe Fresco, qui veut le plus grand format mobile possible, et qui est prêt à accepter la légère infériorité du S Pen face au Pencil Pro pour une économie de 200 € environ sur le total. Ce profil existe, je le rencontre régulièrement chez les étudiants en école d'art qui sont déjà engagés dans l'écosystème Samsung pour leur téléphone, et il est tout à fait défendable.
Pour qui veut Procreate, ou pour qui a besoin de la parité Clip Studio Paint avec la version desktop, la Tab S9 Ultra n'est pas l'outil. Elle ne le sera probablement jamais.
Ce qu'on aurait aimé
- Que Procreate existe sur Android (souhait pieux).
- Que Clip Studio Paint Android atteigne la parité avec ses jumeaux desktop et iPad.
- Une finesse de courbe de pression S Pen comparable aux Pro Pen Wacom.
- Un poids inférieur — 600 g serait plus mobile.
Verdict
Samsung Galaxy Tab S9 Ultra
La meilleure tablette Android pour le dessin en 2026, et la seule défendable sérieusement. Pour qui peut s'accommoder de l'écosystème logiciel Android.
Disponible chez les revendeurs Samsung et électroniques. Le S Pen est inclus.