Il y a cinq ans, je ne recommandais pas Huion. Il y a trois ans, je recommandais Huion en deuxième choix avec deux paragraphes de réserves. Aujourd'hui, en 2026, je recommande la Kamvas Pro 24 sans hésiter à n'importe quel illustrateur professionnel qui veut une tablette à écran 24 pouces et qui n'a pas de raison spécifique d'aller chez Wacom. C'est la transformation la plus rapide qui soit jamais arrivée dans le segment, et elle s'est faite en quelques générations de produit, surtout entre 2022 et 2024. La Kamvas Pro 24 testée ici — celle de 2024, avec dalle 4K et nouveau Slim Pen — est l'aboutissement provisoire de cette ascension.

Ce qu'il faut savoir

La Kamvas Pro 24 propose une dalle 4K (3 840 × 2 160) IPS calibrée d'usine, gamut Adobe RGB à 99 %, parallaxe très faible, stylet Slim Pen à 16 000 niveaux de pression, et un boîtier en aluminium correctement fini. Le tout pour 1 199 € — soit la moitié d'une Cintiq Pro 24.

Ce qui sépare encore Huion de Wacom : la sensation du stylet sur les pinceaux les plus exigeants (légèrement moins continue), le grain de surface (qui s'use plus vite, j'en ai usé deux pointes en huit semaines contre une seule sur la Cintiq), et la fiabilité des pilotes (dans la moyenne haute, mais pas l'irréprochabilité Wacom).

Build et premières heures

[ La Kamvas Pro 24 sortie de son carton, posée sur le bureau, ouverture à 30°, lumière de fin d'après-midi ]
La Kamvas Pro 24 livrée avec son support d'origine. Le bras articulé Huion ST500 (vendu séparément, 199 €) reste un compromis correct face aux Ergotron à 350 €.

Le carton arrive sans drame, contenu bien protégé, et l'objet sorti de sa mousse impressionne immédiatement. Cadre en aluminium anodisé, dalle de 24 pouces, finition mate sans aspect plastique. Le poids — 6,9 kg sans support — est sensiblement inférieur à celui de la Cintiq Pro 24 (8,1 kg), ce qui se ressent à l'installation. Le support de pied inclus est honorable, propose une inclinaison entre 18° et 80°, et tient parfaitement les angles intermédiaires. Pour un usage statique, il est suffisant ; pour un usage où l'on bascule plusieurs fois par jour entre position assise et position debout, le bras articulé Huion ST500 ou un Ergotron LX restent recommandés.

Trois ports physiques sur le côté droit : USB-C plein débit (DisplayPort + USB + alimentation), un USB-C dédié à l'alimentation (option utile sur les machines hôtes peu généreuses en watts), et un mini-HDMI pour les anciennes machines. C'est plus généreux que la Cintiq Pro et son câblage propriétaire ; pour qui circule entre studios ou entre laptops, c'est un argument réel.

La dalle

[ Macro du grain antireflet de la Kamvas, comparaison avec un Paperlike posé sur iPad à côté ]
Le grain antireflet Huion. Légèrement plus rugueux que celui de la Cintiq Pro, plus glissant qu'un Paperlike posé sur iPad.

La dalle 4K IPS de la Kamvas Pro 24 est, mesurée à la sonde X-Rite i1Display Pro après calibration usine, à un Delta E moyen de 1,4 sur l'échantillon de référence GMB. Excellent. Le gamut couvre 99 % d'Adobe RGB, 99 % de DCI-P3, 100 % de sRGB. Le contraste annoncé de 1 200:1 est légèrement optimiste — j'ai mesuré 980:1 en laboratoire personnel, ce qui reste largement suffisant pour de l'illustration et de la BD. La luminosité maximale (220 cd/m²) est correcte sans plus ; pour un environnement très lumineux, c'est juste.

La parallaxe est, comme sur les Cintiq récentes, très faible — j'ai mesuré 0,8 mm d'écart entre la pointe physique du stylet et le pixel marqué, contre 0,6 mm sur la Cintiq Pro 27 testée en parallèle. La différence est observable mais imperceptible à l'usage normal ; c'est le premier point sur lequel Huion a vraiment rattrapé Wacom au cours des deux dernières générations.

Le grain antireflet est l'élément qui sépare encore visuellement Huion de Wacom. Il est légèrement plus rugueux au toucher, ce qui plaît à ceux qui aiment la résistance papier, mais use les pointes plus vite. J'ai remplacé deux pointes du Slim Pen en huit semaines d'usage à raison de six heures par jour, contre une seule pointe du Pro Pen 2 sur la même période. À 0,30 € la pointe, c'est anecdotique financièrement, mais c'est un signe que le grain est moins durable que celui de Wacom.

Le stylet — Huion Slim Pen

Le Slim Pen livré avec la Kamvas Pro 24 (depuis la révision 2023) est, à mon avis, le meilleur stylet que Huion ait jamais produit. Sans batterie, léger (15 g), équilibré, équipé de deux boutons latéraux et d'un capuchon-gomme. La courbe de pression à 16 000 niveaux est, comme on l'a déjà dit, un argument marketing — le geste humain ne distingue pas 8 000 et 16 000 niveaux. Ce qui compte, c'est la finesse de la courbe, sa continuité, son absence de seuil au démarrage. Sur ces critères, le Slim Pen est très bon.

Mis en parallèle avec le Pro Pen 2 sur Clip Studio Paint, en alternance, sur un même pinceau d'encrage à grain léger : le trait Slim Pen démarre légèrement plus brusquement (une dizaine de pour cent de pression initiale au lieu de zéro), et le passage très progressif d'une trace fine à une trace épaisse présente, très occasionnellement, un léger seuil au tiers. Ce n'est pas grossier. Pour 90 % des usages, je ne le verrais pas si je ne cherchais pas. Pour un illustrateur qui passe sa vie à doser le bas de la courbe (typiquement, qui peint à l'aquarelle numérique), c'est une raison de rester sur Wacom. Pour tout le monde d'autre, c'est un défaut intellectuel plus que pratique.

L'inclinaison est lue jusqu'à 60° sans saccades visibles. La détection d'azimut est correcte. Les pointes fournies (cinq, dans le boîtier livré) couvrent les sensations courantes. Pas de pointes feutre comme chez Wacom — pour ceux que cela intéresse, on les commande chez Huion à 9,90 € les dix.

Le Slim Pen est très bon. Mis en parallèle avec le Pro Pen 2, l'écart se voit si on le cherche, et seulement sur les pinceaux les plus exigeants.

La latence et la précision

Latence pointe-à-pixel mesurée à 240 fps : 14 ms à 15 ms selon la machine hôte. C'est dans la fourchette haute des tablettes à écran, légèrement plus que la Cintiq Pro 27 (12 ms), légèrement moins que la Wacom One (17 ms). Imperceptible à l'usage normal.

Précision géométrique : 0,3 mm d'erreur moyenne sur la zone active, 0,5 mm sur les bords (légèrement plus que Wacom). Visible sur les très grands traits de calligraphie, invisible sur l'usage courant.

L'ergonomie au long cours

Comme toutes les tablettes 24 pouces à écran, la Kamvas Pro 24 demande un poste pensé. Bras articulé recommandé pour qui travaille plus de quatre heures par jour ; sans bras, le support d'origine permet une inclinaison utile mais ne libère pas la transition assis-debout. Voir Ergonomie : régler son poste pour ne pas finir au kiné.

La chaleur dégagée par la dalle est sensiblement comparable à celle de la Cintiq — autour de 33 °C en zone supérieure après quatre heures continues. Pas de problème spécifique.

Vingt touches ExpressKeys et une molette physique, à gauche du cadre. C'est plus que sur la Cintiq Pro 27 (qui a déporté les touches sur un boîtier séparé) ; certains préfèrent l'option intégrée, d'autres regrettent l'encombrement latéral. Pour qui jongle entre Photoshop, Clip Studio et Illustrator, vingt touches couvrent largement les besoins une fois configurées.

Compatibilité logicielle

Les pilotes Huion 16.4.2 (au moment du test) fonctionnent sans problème majeur sur les trois OS principaux. La régression de septembre 2024 sur les versions 15.x a été corrigée définitivement en novembre.

  • Clip Studio Paint 3.0 — fonctionnement très bon, voir le guide pour la note sur l'écart résiduel avec Wacom.
  • Photoshop 2026 — sans piège.
  • Krita 5.3 — parfait sur Linux et Windows ; sur Mac, le pilote Huion garde encore un comportement légèrement plus capricieux que Wacom au réveil.
  • Affinity Photo et Designer 2.5 — sans réserve.
  • TVPaint Animation 12 — l'inclinaison est exploitée correctement, ce qui est appréciable.
  • Blender 4.3 Grease Pencil — pareil que sur Wacom, latence supplémentaire de Blender.

Ce qu'on aurait aimé

  • Un grain de surface plus durable, qui ne use pas les pointes deux fois plus vite que Wacom.
  • Une calibration colorimétrique matérielle via panneau natif de la dalle, comme propose Wacom Color Manager. Huion la propose en logiciel, ce qui est moins fiable.
  • Un service après-vente francophone plus rapide. Pour avoir relancé deux fois pour une question de pilote, le délai de réponse moyen s'est établi à six jours, ce qui n'est pas catastrophique mais sensiblement plus que Wacom France à deux ou trois.

Verdict

Huion Kamvas Pro 24 (4K)

90 % de l'expérience Cintiq Pro pour 45 % du prix. Pour la majorité des illustrateurs francophones, le bon arbitrage en 2026.

À ne pas acheter si Vous travaillez à la peinture aquarelle numérique très exigeante (le seuil bas du Slim Pen vous gênera) ; vous avez besoin d'une chaîne colorimétrique Pantone matérielle (préférez la Cintiq Pro 27) ; vous tenez à un service après-vente local (Wacom France reste plus rapide) ; vous travaillez sur des projets de petit format (la Kamvas 13 à 250 € fait l'affaire).

Disponible chez huion.com/fr et chez les revendeurs spécialisés.