L'histoire de Wacom est celle d'une entreprise japonaise qui a fait d'une technologie de niche un standard mondial, et qui l'a défendu pendant des décennies. Wacom Co., Ltd. est cotée à la Bourse de Tokyo, emploie environ un millier de personnes et vend ses produits dans le monde entier. Elle reste une référence du segment professionnel des tablettes graphiques, même si Huion et XP-Pen lui ont pris une large part de l'entrée et du milieu de gamme.
Wacom en bref
Pays : Japon. Fondation : 1983, à Ageo (préfecture de Saitama). Siège : Kazo, préfecture de Saitama. Cotation : Bourse de Tokyo (code 6727). Technologie clé : stylet à résonance électromagnétique (EMR), sans pile. Fabrication : conception au Japon, production confiée en grande partie à des sous-traitants en Asie.
Saitama, 1983 — la fondation
Wacom est fondée en 1983 à Ageo, dans la préfecture de Saitama, au nord de Tokyo. Le nom associe wa — « harmonie » en japonais — et com, pour computer. Son siège est aujourd'hui installé à Kazo, dans la même préfecture ; ses principales filiales sont en Europe (Düsseldorf), aux États-Unis et en Asie.
L'idée fondatrice est technique. Les tablettes à digitaliser de l'époque, utilisées surtout pour la conception assistée par ordinateur, fonctionnent avec des stylets ou des curseurs reliés par un câble à la tablette. Wacom met au point un système où la tablette transmet au stylet, par un champ électromagnétique faible, l'énergie dont il a besoin : le stylet n'a plus ni fil ni pile. En 1984, l'entreprise lance la série WT (dont la WT-460M), présentée comme la première tablette à stylet sans fil, destinée d'abord à la CAO et au dessin technique.
La résonance électromagnétique, en deux phrases
Une grille de bobines sous la surface de la tablette émet un champ faible ; le stylet contient un circuit résonant qui capte ce champ et le renvoie. La tablette en déduit la position de la pointe et, sur les modèles qui suivront, la pression, l'inclinaison et l'état des boutons. Résultat : un stylet léger, sans recharge, qui fonctionne même légèrement au-dessus de la surface. C'est encore, quarante ans plus tard, le principe des stylets Wacom Pro Pen et de nombreux stylets concurrents.
Des ingénieurs aux artistes
À partir de la fin des années 1980, Wacom se tourne vers les graphistes et les illustrateurs, au moment où le dessin et la retouche sur ordinateur se démocratisent. Les stylets deviennent sensibles à la pression, la gamme se décline en formats A6 à A3, et la marque s'impose dans les studios de graphisme, d'animation et de postproduction. La gamme professionnelle Intuos apparaît à la fin des années 1990 ; elle reste, sous des formes successives, la référence des tablettes sans écran.
Un stylet sans fil ni pile, qui fonctionne par résonance électromagnétique : c'est l'idée sur laquelle Wacom a bâti quarante ans d'histoire.
L'écran sous le stylet — de la PL à la Cintiq
Wacom commercialise ses premiers écrans à stylet au début des années 1990, puis lance au début des années 2000 la gamme Cintiq, où l'on dessine directement sur l'image. Très chère à ses débuts, la Cintiq devient progressivement l'outil emblématique des studios d'animation, d'effets spéciaux et de jeu vidéo. Wacom explore ensuite la mobilité avec la Cintiq Companion (2013), un écran à stylet doté d'un ordinateur sous Windows, puis la MobileStudio Pro (2016).
Un fournisseur autant qu'une marque
On l'oublie souvent : une partie importante de l'activité de Wacom consiste à fournir sa technologie à d'autres fabricants. Le S Pen des Galaxy Note puis des Galaxy Tab de Samsung repose sur la technologie de Wacom depuis 2011, et de nombreux ordinateurs portables convertibles et tablettes à stylet intègrent ses composants. C'est pourquoi le S Pen n'a pas besoin de batterie pour dessiner : c'est un stylet de type EMR (lire notre analyse de la Galaxy Tab S9 Ultra).
Les années 2010 — l'arrivée de la concurrence
Pendant longtemps, Wacom n'a pas eu de concurrent sérieux sur le segment professionnel. Cela change dans les années 2010 avec l'essor de marques chinoises — Huion, basée à Shenzhen, et XP-Pen — qui proposent des tablettes sans écran puis des écrans à stylet à des prix nettement inférieurs. D'abord cantonnées à l'entrée de gamme, elles montent en qualité : dalles laminées, stylets sans pile à 8 192 puis 16 384 niveaux de pression annoncés, pilotes plus fiables.
Wacom renouvelle de son côté son haut de gamme : Intuos Pro en 2017, Cintiq Pro 24 et 32 à la même période, puis la Cintiq Pro 27 (2023) et le Pro Pen 3, un stylet dont on peut changer la forme et le poids. Mais l'entrée et le milieu de gamme deviennent le terrain de la concurrence : une Huion Kamvas Pro 24 offre une grande dalle 4K pour une fraction du prix d'une Cintiq Pro.
2024-2026 — la mobilité, enfin
Wacom répond par la mobilité. En 2024, la Movink 13 est son premier écran à stylet OLED, très léger. En 2025, la MovinkPad 11 marque son arrivée sur le marché des tablettes Android autonomes, et une nouvelle génération d'Intuos Pro, plus fine, adopte le Pro Pen 3. Ces produits maintiennent la marque sur son territoire — la qualité du stylet — sans reconquérir l'entrée de gamme.
Ce qui reste à Wacom en 2026
D'abord, le stylet. Le Pro Pen 2 et le Pro Pen 3 restent, pour beaucoup d'illustrateurs exigeants, la référence du ressenti de la trace, même si l'écart avec les meilleurs stylets concurrents s'est réduit.
Ensuite, l'écosystème : pilotes mûrs, compatibilité quasi universelle avec les logiciels de dessin, gamme d'accessoires (Art Pen, ExpressKey Remote, pointes) et réseau de distribution.
Enfin, la réputation institutionnelle : pour beaucoup d'écoles et de studios, Wacom reste la marque par défaut — une inertie qui s'érode, mais qui compte encore.
Coda
Quarante ans dans la même industrie, en restant indépendante et en continuant d'innover sur le stylet : c'est, dans le monde technologique, une trajectoire rare. Beaucoup de pionniers de la tablette graphique des années 1970-1980 ont disparu ou ont été absorbés. Et c'est, pour qui achète une tablette aujourd'hui, une raison de connaître la marque même quand on choisit un concurrent : la plupart des stylets sans pile du marché reposent sur un principe que Wacom a popularisé.
Questions fréquentes
Wacom, c'est une marque de quel pays ?
Wacom est une entreprise japonaise : Wacom Co., Ltd., fondée en 1983 à Ageo, dans la préfecture de Saitama, au nord de Tokyo. Son siège est aujourd'hui à Kazo, toujours dans la préfecture de Saitama, et l'entreprise est cotée à la Bourse de Tokyo.
Où sont fabriquées les tablettes Wacom ?
Wacom conçoit ses produits au Japon mais confie l'essentiel de la fabrication à des sous-traitants électroniques (EMS) en Asie, principalement en Chine, avec certains composants produits à Taïwan. Le pays d'origine exact figure sur l'emballage et l'étiquette de chaque produit.
Qui fournit la technologie des stylets Wacom à d'autres marques ?
Wacom commercialise sa technologie de stylet auprès d'autres fabricants : le S Pen des Galaxy Note puis des Galaxy Tab de Samsung repose sur la technologie de Wacom depuis 2011, et de nombreux ordinateurs portables et tablettes à stylet utilisent ses composants.
Wacom a-t-elle inventé la tablette graphique ?
Non : des tablettes graphiques existaient avant elle (RAND Tablet en 1964, Summagraphics dans les années 1970, KoalaPad en 1983). L'apport de Wacom est le stylet sans fil et sans pile, fondé sur la résonance électromagnétique, lancé en 1984 avec la série WT.